

Tous les Calédoniens ont une maison à Paris
Joël Viratelle
Directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie
L’OCÉAN ET LA MER
Du Nord au Sud, d’Ouest en Est, de la Grande Terre aux îles Loyauté, de la mer de Corail à la mer de Tasman, la Nouvelle-Calédonie est un vaste archipel baigné par l’océan Pacifique. Le lagon et les plages Le visiteur est accueilli par des aquariums d’eau de mer qui symbolisent l’océan Pacifique et l’immergent dans les richesses du récif corallien, inscrit depuis juillet 2008 au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Sous le plancher de kohu d’Océanie, il peut découvrir, à travers des dalles de verre, les sables de nos plages et longer ainsi le bord de mer.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
LE CAILLOU
Le chemin kanak
Il emprunte ensuite le chemin kanak, les sables deviennent latérites et garniérites évoquant la montagne et le nickel, la richesse du pays. Le chemin kanak est une promenade qui raconte les cinq actes de la vie de Téâ Kanaké, héros légendaire qui, selon la tradition kanak, est le premier né de tous les hommes.
Chaque acte est illustré par une ou plusieurs plantes :
- le taro géant et la fougère arborescente pour l’origine des êtres,
- le taro d’eau, le bananier et le coléus pour la terre nourricière,
- le cocotier et le croton pour la terre des ancêtres,
- le banian et la cordyline pour le pays des esprits,
- le cycas pour la renaissance.
Le chemin kanak se termine par deux murs végétalisés, symboles de nos forêts, qui mènent à la grande case centrale.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
LES HOMMES DEBOUT
Le coeur
Au coeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie,huit poteaux sculptés symbolisent la grande case traditionnelle. Les principaux personnages représentés ont le regard dirigé vers le centre. Entre tradition et modernité, s’exprime ainsi la cohésion du peuple d’origine partagée avec les autres communautés, qui y vivent, construisant ainsi le destin commun, conformément à l’esprit de l’Accord de Nouméa.
le projet commun
Les huit aires coutumières de la Nouvelle-Calédonie ont chacune désigné un sculpteur pour représenter les mythes fondateurs propres à chaque aire et dont la réunion symbolise le pays tout entier : ses hommes, ses valeurs, ses traditions et ses institutions politiques. Ce projet commun évoque « nos vieux », « des Hommes debout » à Paris.
la création des poteaux
Ces oeuvres ont été sculptées au cours d’une résidence d’artiste au centre culturel Goa Ma Bwarhat de Hienghène en province Nord.
Huit sculpteurs ont été désignés par les clans coutumiers pour représenter les motifs associés aux mythes fondateurs et spécifiques de chaque aire.
Les sculptures ont été offertes par le Président de la Province Nord. Elles sont en bois de houp, essence endémique originaire des forêts de l’Aoupinié et de la Caba, à Pwäräiriwâ (Ponérihouen) au Nord de la Nouvelle-Calédonie. Chacune fait 3 m de hauteur et pèse 600 kg.
la coutume
Kaloonbat Tein, le directeur du centre culturel, a fait une coutume au clan propriétaire des forêts pour demander la permission d’accueillir chez lui, à Hienghène, les « vieux » car leurs copeaux vont s’y décomposer. Chez les kanak le bois figure l’esprit des « ancêtres ».
À l’issue de la résidence, chaque artiste a dénoué le manou (le lien) attaché à son oeuvre pour le remettre à Joël Viratelle, directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie. En geste de retour, il a demandé l’autorisation de « découvrir les oeuvres » et expliqué qu’elles vont représenter dignement les mythes fondateurs traditionnels de la Nouvelle-Calédonie à Paris.
extraits de la coutume
À l’issue de la résidence, Armand Goroboredjo, au nom de tous les artistes, déclare :
« En faisant ce geste de coutume, nous vous permettons de toucher aux poteaux et d’accéder au fond de chacun d’entre nous… Du fond du coeur, moi aicî-cèmuhî,
au nom de toutes les aires, je tiens à vous remercier et je demande que ce cocotier soit planté au centre culturel en souvenir de cette rencontre. Olé… »
Albert Sio, pour la direction de la culture de la province Nord, déclare :
« Les résultats d’aujourd’hui démontrent qu’on a fait un choix juste, puisque les sculpteurs ont traduit au mieux ce que leurs vieux leur ont dit d’exprimer…
Ces oeuvres sont notre image à Paris et, à travers elles, ils parleront de nous. Olé… »
Prise de parole du pasteur Passa :
« Demain, quand ces poteaux seront debout en France, ce ne sera pas des poteaux de bois, mais des hommes et des femmes, qui diront au monde entier que nous
sommes toujours debout. Olé… »
Et Kaloonbat Tein :
« À partir du moment où les poteaux sont remis, c’est la séparation physique entre le sculpteur et son oeuvre. Mais, grâce aux films, aux écrits, aux photos, ces oeuvres ont une continuité de vie ailleurs et sous d’autres formes. Auparavant, des objets anciens ont été pris pour se retrouver dans des musées en Métropole. Aujourd’hui, des enfants du pays ont engagé une démarche qui tient compte de la construction identitaire de la Nouvelle-Calédonie (…). La Maison de la Nouvelle-Calédonie nous a officiellement et avec politesse demandé ces sculptures. Demain ces poteaux seront nos “Ambassadeurs” dans le Premier arrondissement de Paris. Oleti… »
l’installation des poteaux À paris
Après trois mois de traversée des mers, les poteaux arrivent dans le hall d’accueil de la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris où, avec l’aide de Kaloonbat Tein, venu spécialement de Hienghène, pour les positionner.
À l’issue du « chemin kanak », on découvre sur la gauche hoot ma whaap, les chefferies du Nord du pays kanak, puis à droite paicî-cèmuhî qui rappelle le mythe de Téâ Kanaké. Sur la droite, viennent ensuite, respectivement, le pays ajië-arhö, xârâcùù-xârâgurè et drubéa-kaponé. Sur la gauche, on trouve nengone, drehu et iaai, les Iles loyauté. Placée devant l’entrée du centre documentation, ajië-arhö, est aussi le gardien de la maison des savoirs, qui évoque les premières écoles missionnaires installées au nord-est de cette région (Do Neva et Nedivin). Xârâcùù-xârâgurè, entre ajië-arhö et drubéa-kaponé, exprime fortement son alliance traditionnelle avec ses voisines, défiant ainsi le découpage politique de la provincialisation issue des Accords de Matignon en 1988.
Drubéa-kaponé, c’est l’aire de Nouméa (la « capitale du pays ») et de Kwênyii (l’Ile des Pins), où se trouvent l’aéroport et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Nengone et drehu marquent l’ouverture sur le Pacifique, du Vanuatu au nord de l’océan Pacifique. Iaai est contiguë à hoot ma whaap et symbolise le pardon, les déchirures d’hier réparées désormais par la réconciliation.
Les sculptures sont la propriété des clans, qui seuls ont le droit d’en révéler les mythes associés. C’est pourquoi une infime partie de leur signification
est dévoilée dans ce document. À chacun de puiser sa propre vérité en observant ces poteaux.
À Paris, Kaloonbat Tein a souhaité « faire le geste » aux propriétaires de l’immeuble, car c’est sur leur « aire » que désormais se dressent ses « vieux ».
Lors de son séjour à Paris, Kaloonbat Tein a également rencontré Hiandjing, jeune sculpteur de Tendo (région de Hienghène) qui réside en Métropole depuis
de nombreuses années. Un moment émouvant et intense entre un jeune en quête de son passé et le « grand frère » du Nord du pays Kanak, à l’issue duquel Kaloonbat a nommé Hiandjing Pagoubanehote gardien des poteaux à Paris.
Le 21 novembre 2008, tous les sculpteurs sont venus faire « un geste » et planter un cocotier d’Ouvéa (iaai) en terre de France.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
LA BROUSSE
« Un vent léger animait le décor et découpait mollement des bandes argentées qui laissaient entrevoir le flanc d’un coteau ou la perspective fuyante d’une vallée en sommeil.Vibrants comme des ondes sonores, les rayons lumineux traversèrent l’atmosphère. La terre s’anima d’une vie plus intense, plus grouillante, mais moins profonde ; moins mystérieuse. Et le soleil jaillit, comme un glaive clair dont la lame étincelle. »
Jean Mariotti, écrivain calédonien (1901-1975)
Contigu à la case, un salon typique propose au visiteur un aperçu de la brousse calédonienne. Parmi les descendants des colons, on compte aujourd’hui de nombreux stockmen qui vivent sur des « ranchs » inspirés du modèle australien. La côte Ouest de la Nouvelle-Calédonie convient parfaitement à l’élevage bovin pratiqué dans une savane à Niaoulis, que le broussard parcourt à cheval. De grandes étendues entourées de barrières de bois de gaïac, un stockyard pour soigner le bétail, une éolienne pour pomper l’eau et des « chiens bleus », confèrent aux paysages de la côte Ouest une dimension irremplaçable.