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Tous les Calédoniens ont une maison à Paris

>>LA POPULATION DE NOUVELLE-CALEDONIE

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Trop longtemps réduite dans les média au seul clivage entre les Européens natifs appelés «caldoches» et les indigènes mélanésiens aujourd’hui fiers d’être Kanak,la population calédonienne est une véritable mosaïque humaine, car de nombreuses communautés d’Asie,d’Océanie, de l’océan Indien, des Antilles et de Métropole, sont venues s’y installer…

Cette diversité trouve ses racines dans les méandres d’une histoire tumultueuse où les destins ont souvent été contrariés…

Prise de possession, colonisation, déportation, transportation, migrations, décolonisation… tous ces mots riment avec «population» et racontent l’histoire des Calédoniens…

Citadins, broussards ou vivant en tribu, tous prennent aujourd’hui conscience de leur appartenance à la communauté de destin à laquelle les invite l’Accord de Nouméa.

Joël Viratelle

Directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie


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UN PEU D’HISTOIRE

Les ancêtres des Kanak, les Austronésiens, commencèrent à peupler l’archipel il y a environ 3000 ans. Depuis plusieurs millénaires, ces populations originaires du sud-est asiatique avaient entrepris une longue migration d’île en île, en débutant par les archipels de ce que l’on appelle aujourd’hui la Papouasie, puis en ontinuant vers le sud/sud-est et les îles Salomon, le Vanuatu, les îles Fidji…
Dans l’archipel qui devait devenir la Nouvelle-Calédonie, va progressivement se mettre en place la civilisation kanak dont les caractères sont affirmés vers l’an 1000.

ILS SONT VENUS EN PIROGUE
La Nouvelle-Calédonie est le plus austral des pays de l’arc mélanésien. Dès le début de notre ère, et sporadiquement jusqu’à une période récente, des groupes polynésiens débarquèrent en pirogue sur des îles mélanésiennes. Ces guerriers navigateurs se confrontèrent aux Mélanésiens déjà présents, ou conclurent des alliances, puis furent assimilés par les populations locales. À l’arrivée des premiers explorateurs européens, les Kanak étaient les héritiers de ces migrations et de ces rencontres.
Du XVIe au XVIIIe siècles, quelques familles venues, selon la tradition orale, de l’île Wallis touchèrent Ouvéa. Repoussées à deux reprises, elles s’installèrent sur l’île Ounès, avant de se fixer pour de bon dans le nord et le sud de l’île d’Iaai, qui prit le nom polynésien de leur île d’origine, Ouvéa. L’immigration wallisienne reprit, par bateau et par avion cette fois, dans la deuxième partie du XXe siècle, stimulée par les besoins en main-d’oeuvre des secteurs du bâtiment et de la mine. Aujourd’hui encore, Wallisiens et Futuniens quittent leurs îles trop petites. Ils sont maintenant plus nombreux en Nouvelle-Calédonie que sur leur terre d’origine.

AUTRES CONTACTS AU XVIIIE SIÈCLE
James Cook est le premier Européen à mettre le pied en Nouvelle-Calédonie, le 4 septembre 1774.
Des contacts plus fréquents ont lieu à partir de 1820 avec les pêcheurs de baleines. Dès 1840, ils sont suivis par les santaliers et les missionnaires. Certains ouvrent des comptoirs, s’installent définitivement, et les ancêtres des plus vieilles familles néo-calédoniennes d’origine européenne remontent à cette époque.
Les missionnaires protestants, britanniques pour la plupart, s’implantent d’abord aux îles Loyauté, et les catholiques, français en majorité, sur la Grande Terre. Cette période, dite des premiers contacts, sera marquée par le recul démographique des populations insulaires dû au choc microbien, d’une part, et aux débuts de l’acculturation, d’autre part, deux phénomènes à l’origine de l’affaiblissement et la déstructuration de la société kanak.

LE TEMPS DES CONDAMNÉS ET DES TRAVAILLEURS SOUS CONTRAT
À partir de la prise de possession française, le 24 septembre 1853, ce sont essentiellement des bagnards français, les transportés (puis les déportés politiques, dont les Kabyles et les délinquants récidivistes relégués), qui viennent peupler la jeune colonie. Parallèlement, la «colonisation libre» est encouragée.
Après les colons anglo-saxons invités par James Paddon, des Français arrivent d’Alsace-Lorraine, de l’île de la Réunion, du nord de la France, sous l’impulsion des gouverneurs successifs.
Avec la découverte de la garniérite en 1864, et l’ouverture des premières mines de nickel, de chrome et de cobalt, ainsi que le développement des cultures spéculatives (canne à sucre, coton, café), les autorités ont besoin d’une main-d’oeuvre importante qu’elles font venir des Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu), du Tonkin (actuel Vietnam) et du Japon. Le gouverneur Feillet fait également venir en masse des Javanais, surnommés coolies, pour renforcer la main-d’oeuvre.
Entre-temps, le gouverneur Feillet s’oppose à la poursuite des convois de bagnards. Le dernier convoi arrive en 1897 et le bagne ferme définitivement en 1931.

APRÈS LE BAGNE, DE NOUVEAUX VENUS
À la fin du bagne, les libérés et certains amnistiés kabyles s’installèrent pour toujours dans le pays. Leurs noms et quelques rituels sauvegardés indiquent encore cette origine chez leurs descendants contemporains. Une immigration libre va aussi combler le manque récurrent de main-d’oeuvre, pour l’exploitation des mines en particulier : les nouveaux venus sont originaires de Wallis et Futuna, de Tahiti, des anciennes colonies françaises d’Afrique, de Chine et du Vietnam.
Des Antillais, notamment des Martiniquais, s’installent sur le Caillou, sans oublier bien sûr les Français de Métropole qui, souvent venus pour remplir des missions de service public, choisissent parfois de rester sur cette terre d’Océanie.
Avec l’indépendance de l’Algérie et le boom du nickel dans les années 1960-1970, les Néo-Calédoniens virent affluer des «Pieds-Noirs», mais aussi toujours des Métropolitains, ainsi que des Antillais, des Réunionnais et des Malgaches. Dans une moindre mesure, les Tahitiens se sont aussi implantés sur le Caillou et cette tendance s’est accélérée, l’industrie du tourisme marquant le pas en Polynésie.


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DÉMOGRAPHIE CONTEMPORAINE

ARC-EN-CIEL HUMAIN
En ce début de XXIe siècle, la population de la Nouvelle-Calédonie, originaire des cinq continents, est l’héritière de ces peuplements successifs, riche de toutes ces origines. Cette diversité culturelle, et les métissages qui ont suivi les différentes vagues de peuplement, sont particulièrement flagrants dans plusieurs quartiers de Nouméa. Une sortie d’école est un feu d’artifice, un tourbillon de physionomies et de couleurs, de mélanges improbables du monde entier. D’où l’importance de la notion de «destin commun»évoquée par les Accords de Nouméa.

Le dernier recensement, en 2004, dénombra plus de 230000 habitants en Nouvelle-Calédonie. Même si la bonne santé économique du pays a sans doute attiré de la main-d’oeuvre et des entrepreneurs venus d’ailleurs, l’archipel reste peu peuplé. La population de la Nouvelle-Calédonie ne cesse de s’accroître depuis les années 1950 (taux d’accroissement de 2,6% par an en 2004). L’allongement de la durée de vie, un taux de fécondité élevé et, enfin, l’immigration expliquent cette augmentation spectaculaire d’une population jeune.

UNE FAIBLE DENSITÉ DE POPULATION
Avec une densité de population de 12,4 habitants/m2, six fois inférieure à celle de la Polynésie, les femmes et les hommes ont encore beaucoup d’espace en Nouvelle- Calédonie. L’île de Lifou, sans relief important mais un peu plus étendue que la Martinique, n’est habitée que par 10300 personnes environ (plus de 380000 en Martinique). Les hommes se comptent sur les doigts de la main dans certaines parties de la côte Ouest dédiées à l’élevage semi extensif. De même, hormis quelques tribus et villages miniers, la vie du XXe siècle a drainé les habitants des hauteurs de la Chaîne vers la côte, voire jusqu’en ville. Au sud-est, la magnifique Côte Oubliée, sans accès routier, porte bien son nom. 341 tribus sont réparties sur l’archipel, à travers 33 communes. En 1996, 98% des habitants de la province des Loyauté et 80% de ceux de la province Nord étaient kanak. Il faut savoir que les habitants des Loyauté ont bénéficié très tôt d’un régime spécial, interdisant l’installation de colons.

L’APPEL DE NOUMÉA
Le gros de la population (71%), attiré par les perspectives d’emploi, se concentre désormais en province Sud et surtout dans le Grand Nouméa (Nouméa et les communes de Dumbéa, Mont-Dore et Païta) qui représente les deux tiers de la population de la province Sud, soit plus de la moitié des habitants de l’archipel.

EN 2030, LES DÉSÉQUILIBRES DÉMOGRAPHIQUES S’AGGRAVERONT
Selon les projections démographiques de l’Institut de la statistique et des études économiques (ISEE), la population de la Nouvelle-Calédonie en 2030 sera plus vieille mais toujours plus concentrée autour de Nouméa. La collectivité comptera environ 312000 habitants, dont un sur cinq aura plus de soixante ans, contre un sur dix actuellement. L’espérance de vie à la naissance sera de 77,6 ans pour les hommes et 83,3 ans pour les femmes, et l’âge médian dépassera les 36 ans, contre 28 ans en 2005. Pour la première fois dans l’histoire moderne de la région, et grâce à un taux de croissance démographique deux fois supérieur, la population du Vanuatu dépassera celle du Caillou avec 384000 habitants.

PLURIETHNICITÉ ET MÉTISSAGE
Plutôt que de parler d’ethnie, l’Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie préfère employer le terme «communauté d’appartenance». Il est plus approprié en effet, en particulier à l’égard des familles aux origines diverses qui, selon leurs passés et leurs idées, se placent de préférence dans telle ou telle communauté ou encore se revendiquent tout simplement néo-calédoniennes.

En 1996, 44% des personnes interrogées se considéraient comme appartenant à la communauté kanak. Elles représentaient donc la plus grande communauté néo-calédonienne. Mais déjà, si l’on additionnait les habitants d’origines européenne (34%) et polynésienne (12%), le peuple premier n’avait plus la majorité absolue.


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CULTURE… CULTURES

LA COUTUME
Le clan, qui regroupe des individus se reconnaissant un ancêtre commun, est à la base de l’organisation sociale kanak. La vie de ces communautés très structurées est rythmée par les activités sociales et agricoles qui se déroulent selon un calendrier précis, le calendrier de l’igname. La culture de ce tubercule associé au masculin (contrairement au taro, féminin), joue un rôle prépondérant. La mise en terre et surtout la récolte des ignames donnent lieu à de grandes cérémonies festives.
Tous les stades de sa culture (préparation des sols, germination, plantation, gestation, apparition des feuilles…) sont associés à des périodes précises et des événements communautaires (mariages, deuils, alliances, sacre de chef, circoncision…). Quant aux relations intercommunautaires, elles empruntent les chemins coutumiers et sont régies par des rituels d’échange. C’est ce que l’on appelle la Coutume.

DIVERSITÉ DES LANGUES
Avant la colonisation, en l’absence d’autorité centrale, chaque clan ou ensemble de clans kanak développa des particularismes culturels, comme en témoignent les 28 langues et 11 dialectes encore parlés dans le pays. Les langues kanak sont enseignées dès l’école maternelle (4 langues sont enseignées au baccalauréat) et, depuis peu, une académie est chargée de leur promotion et de leur développement. Les trois langues les plus parlées sont le drehu (Lifou), le nengone (Maré) et le paicî (nord de la Grande Terre). Le français est la langue officielle et véhiculaire, celle qui fait le lien entre les diverses communautés, kanak et non kanak.

LES DERNIERS COW-BOYS FRANÇAIS
Sur cette civilisation mélanésienne aux mille nuances, s’est greffée avec le bagne, puis la colonisation, une culture d’inspiration anglo-saxonne et française.
Pendant longtemps, le seul moyen d’assurer sa subsistance hors de Nouméa étant l’agriculture, la plupart des Européens s’y exercèrent avec plus ou moins de bonheur selon les régions. Certains sols étant arides, leurs propriétaires les vouèrent à l’élevage bovin sur les stations. Dans la réalité contemporaine, ce sont des agriculteurs, des éleveurs mais aussi des hommes de la mine, ouvriers et «rouleurs».

SAVEURS ET COULEURS DU MONDE
La gastronomie néo-calédonienne est le miroir de cette diversité. Parmi les plats les plus populaires : le nem, d’origine vietnamienne, le bami, d’origine indonésienne, la salade de poisson cru et le poé, d’origine polynésienne, les acras, d’origine antillaise, les achards, d’origine réunionnaise… Ces recettes importées rivalisent avec le bougna kanak, mélange de viande ou de poissons et de tubercules cuits à l’étouffé, et les traditions gastronomiques françaises ou encore méditerranéennes.
Dans le domaine vestimentaire, on rencontre aussi bien le manou (équivalent du paréo polynésien) que le short et les tongs (ici nommées «claquettes»), sans parler de l’ensemble chemise et pantalon répandu par les Européens.

L’AMÉRIQUE DÉBARQUE
Le passage d’un million de soldats des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale (les G.I.’s), quand la Nouvelle-Calédonie servait de base arrière à la guerre du Pacifique, a laissé des traces durables dans le paysage culturel du pays. Les Néo-Calédoniens furent subjugués par l’avancée technique et la culture populaire de l’Amérique des années 1940. Cinquante ans plus tard, le culte de la voiture et du cinéma, mais aussi une certaine idée de l’égalité et du succès sont encore très vivaces.

LE MWÂ KÂ
Très symboliquement, non loin du monument élevéà la mémoire des «Américains», place de la Moselle à Nouméa, se dresse depuis 2005 un grand poteau sculpté: planté dans la pirogue d’un «Vieux» kanak, le mât représente la culture originelle de la Nouvelle- Calédonie qui emporte avec elle les autres communautés issues de l’immigration. Entre racines et futur, le pays se construit un «destin commun» ou une «communauté de destin». Il a été planté en 2003, pour commémorer les 150 ans de la prise de possession française. Il signifie que le temps de la colonisation est terminé et que les communautés néo-calédoniennes, toutes plus ou moins victimes de cette histoire troublée, doivent maintenant s’entendre pour vivre en paix.


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LE DESTIN COMMUN

La Nouvelle-Calédonie est engagée dans un processus unique au monde, initié par les Accords de Matignon (1988), puis l’Accord de Nouméa (1998). Il s’agit d’une progression par étapes pour plus d’autonomie et vers l’autodétermination, avec l’accord des habitants et activement soutenue par les représentants de l’ancienne puissance de tutelle, l’État français. L’accord prévoit un calendrier de transferts des compétences irréversibles et l’élaboration de signes identitaires.


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UN TEXTE DE STÉPHANE CAMILLE

STÉPHANE CAMILLE est écrivain, traducteur et journaliste.
Il réside dans la Pacifique depuis 1993 et s'est installé en
Nouvelle-Calédonie après sept ans passés au Vanuatu.
En Nouvelle-Calédonie, il a collaboré à de nombreux ouvrages,
dont le plus notable est sans doute Le Mystère Lapérouse,
ou le rêve inachevé d'un roi.

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POUR EN SAVOIR PLUS

LIVRES
Histoire et géographie – cycle 3,
Nouvelle-Calédonie, collectif
Centre de documentation pédagogique
de Nouvelle-Calédonie
Nouméa, 2007

Langues kanak et accord de Nouméa
actes de colloque, ADCK
Nouméa, 2000

Petit Dictionnaire calédonien particulier
par Etienne Dutailly
Editions Le Chien bleu
Nouméa

Pour qu’un ciel flamboie
roman, Bernard de la Vega
Editions Grain de Sable
Nouméa, 2008

Les Mots de la Nouvelle-Calédonie
lexique, Christine Pauleau
Centre de documentation pédagogique
de Nouvelle-Calédonie
Nouméa, 2007

Nouvelle-Calédonie, vers l’émancipation
Alban Bensa
Découvertes Gallimard
Paris, 1990-2007

DVD
Antipodes
documentaire réalisé par Jacques-Olivier
Trompas, Canal + Calédonie
Néo Productions, 2006

Nouvelle-Calédonie
documentaire réalisé par Jacques-Olivier
Trompas, Canal + Calédonie
Néo Productions, 2004

La Nouvelle-Calédonie, colonie pénitentiaire
Centre de documentation pédagogique
de Nouvelle-Calédonie
Nouméa, 2006

Le récif corallien
Centre de documentation pédagogique
de Nouvelle-Calédonie et IRD
Nouméa, 2007


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